Comment savoir si j’ai vécu un traumatisme psychologique ?

psychologue à arles

Temps de lecture : 5 min

"Je ne sais pas si ce que j’ai vécu peut vraiment être considéré comme un traumatisme."

"Il y a des choses beaucoup plus graves… alors je me dis que je n’ai pas le droit d’aller mal à cause de ça."

"C’est terminé depuis longtemps, mais certaines situations me font encore réagir très fortement."

"Je n’y pense presque jamais… pourtant, dès que quelque chose me le rappelle, mon corps réagit."

"J’ai l’impression d’avoir tourné la page, mais je ne me sens plus tout à fait comme avant."

Lorsqu’on entend le mot traumatisme, on pense souvent à des événements particulièrement graves : accident, agression, violences, catastrophe, décès brutal…

Ces événements peuvent effectivement être traumatiques.

Mais en psychologie, il est important de distinguer l’événement vécu de la manière dont notre système psychique et émotionnel a pu y réagir.

Deux personnes peuvent vivre une situation similaire sans en garder les mêmes conséquences.

Et surtout, avoir été profondément marqué(e) par une expérience ne signifie pas nécessairement que vous êtes constamment en train d’y penser.

Parfois, le traumatisme se manifeste autrement.

 

Qu’est-ce qu’un traumatisme psychologique ?

Un traumatisme psychologique peut apparaître lorsqu’une personne est confrontée à une situation qu’elle vit comme particulièrement menaçante, violente, incontrôlable ou dépassant momentanément ses capacités à y faire face.

Dans certaines situations, il existe un danger réel et immédiat.

Dans d’autres, ce qui marque profondément peut être le sentiment d’impuissance, de peur, de sidération ou d’absence de possibilité d’agir.

Le cerveau et le corps peuvent alors mettre en place différentes réactions de protection.

Fuir.

Se défendre.

Se figer.

Se couper émotionnellement de ce qui se passe.

Ces réactions ne sont pas des choix conscients.

Elles font partie des réponses possibles de notre organisme face à une situation vécue comme menaçante.

 

Est-ce qu’un traumatisme doit forcément être lié à un événement très grave ?

"Je me dis souvent que d’autres ont vécu bien pire."

C’est une phrase fréquente.

Et elle conduit parfois certaines personnes à minimiser ce qu’elles ont vécu.

Bien sûr, tous les événements difficiles ne constituent pas nécessairement un traumatisme psychologique.

Une rupture, un conflit, une humiliation ou une période difficile peuvent provoquer une grande souffrance sans relever automatiquement d’un traumatisme au sens clinique.

Mais la gravité d’une expérience ne se mesure pas uniquement en comparant son histoire à celle des autres.

Un événement peut notamment être vécu différemment selon l’âge auquel il survient, sa durée, sa répétition, le sentiment de contrôle, les ressources disponibles ou encore le soutien reçu après les faits.

La question n’est donc pas seulement :

« Est-ce que ce que j’ai vécu était suffisamment grave ? »

Mais aussi :

« Qu’est-ce que cette expérience a provoqué chez moi ? »

Quels sont les signes possibles d’un traumatisme psychologique ?

Il n’existe pas une seule manière de réagir après une expérience traumatique.

Certaines personnes présentent des souvenirs très envahissants.

D’autres semblent fonctionner normalement pendant longtemps avant de remarquer certaines difficultés.

Parmi les manifestations possibles, on peut retrouver :

  • des souvenirs ou images qui reviennent involontairement ;
  • des cauchemars ;
  • une forte réaction émotionnelle face à certains rappels ;
  • l’évitement de lieux, de personnes, de conversations ou de situations ;
  • une vigilance permanente ;
  • des sursauts importants ;
  • une irritabilité inhabituelle ;
  • des difficultés de sommeil ;
  • une impression de danger alors que la situation actuelle est sécurisée ;
  • des difficultés de concentration ;
  • une sensation de détachement ou d’engourdissement émotionnel ;
  • une difficulté à faire confiance ;
  • certaines réactions physiques intenses sans comprendre immédiatement pourquoi.

La présence d’un ou plusieurs de ces signes ne suffit pas à poser un diagnostic.

Elle peut néanmoins indiquer qu’une expérience mérite d’être explorée avec un professionnel lorsqu’elle continue à provoquer une souffrance ou à limiter la vie quotidienne.

 

Pourquoi mon corps réagit-il alors que je sais que je ne suis plus en danger ?

"Je sais très bien que je suis en sécurité… mais mon corps réagit comme si ce n’était pas le cas."

C’est une expérience qui peut être particulièrement déroutante.

Intellectuellement, vous savez que l’événement est terminé.

Mais une odeur.

Un bruit.

Un lieu.

Une phrase.

Une attitude.

Une sensation physique.

peut provoquer une réaction très rapide.

Le cœur accélère.

Le corps se tend.

Vous ressentez une envie de partir.

Une peur apparaît.

Ou au contraire, vous avez l’impression de vous figer.

Cela ne signifie pas nécessairement que vous « perdez le contrôle ».

Notre cerveau associe certaines informations à des expériences passées et peut déclencher une réaction d’alerte lorsqu’il détecte quelque chose qu’il interprète comme ressemblant à un danger déjà rencontré.

Le corps peut parfois réagir avant même que nous ayons compris consciemment ce qui l’a déclenché.

 

Pourquoi est-ce que j’évite certaines situations ?

L’évitement est une réaction compréhensible.

Si quelque chose provoque une forte détresse, notre premier réflexe peut être de chercher à ne plus y être confronté.

Vous évitez un endroit.

Vous ne parlez jamais de l’événement.

Vous changez de sujet.

Vous évitez certaines personnes.

Vous cherchez à ne surtout pas ressentir certaines émotions.

À court terme, cela peut apporter un soulagement.

Mais lorsque l’évitement prend de plus en plus de place, il peut progressivement réduire la vie quotidienne et maintenir l’idée :

« Je ne pourrais pas supporter d’être confronté(e) à cela. »

Le travail thérapeutique ne consiste pas à obliger une personne à affronter brutalement ce qu’elle évite.

Il nécessite au contraire de respecter son rythme et de travailler dans un cadre suffisamment sécurisant.

 

Peut-on avoir vécu un traumatisme sans avoir de souvenirs très précis ?

"Je sais qu’il s’est passé quelque chose, mais certains moments sont très flous."

La mémoire d’un événement très stressant peut parfois être vécue comme fragmentée ou imprécise.

Certaines personnes se souviennent de nombreux détails.

D’autres de quelques images, sensations ou moments.

Mais il est important d’être prudent sur ce sujet.

Un souvenir flou, incomplet ou absent ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’un traumatisme a eu lieu.

La mémoire humaine n’est pas un enregistrement vidéo parfaitement fidèle.

En thérapie, l’objectif n’est donc pas de chercher à tout prix à « retrouver » des souvenirs ou à reconstruire une histoire dont on ne se souvient pas.

Le travail porte avant tout sur ce que la personne ressent, vit et souhaite comprendre aujourd’hui.

 

Pourquoi certaines personnes semblent aller bien juste après ?

Après un événement difficile, tout le monde ne réagit pas immédiatement.

Certaines personnes pleurent ou ressentent une forte anxiété.

D’autres continuent à travailler, s’occupent de leur famille, gèrent les démarches nécessaires et donnent l’impression d’être très solides.

Parfois, les émotions apparaissent plus tard.

Lorsque l’urgence est passée.

Lorsque la personne retrouve davantage de sécurité.

Ou lorsqu’un événement vient réactiver quelque chose.

Il n’existe donc pas une « bonne » manière de réagir.

Et l’absence de réaction spectaculaire immédiatement après un événement ne permet pas de savoir comment celui-ci sera intégré par la suite.

 

Traumatisme et état de stress post-traumatique : est-ce la même chose ?

Non.

Avoir vécu une expérience traumatique ne signifie pas automatiquement développer un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Le TSPT correspond à un ensemble précis de symptômes qui persistent et ont des conséquences significatives sur la vie de la personne.

Son évaluation et son diagnostic relèvent de professionnels de santé habilités.

Il est donc préférable d’éviter de s’autodiagnostiquer à partir d’une liste trouvée sur Internet.

En revanche, vous n’avez pas besoin d’avoir un diagnostic de TSPT pour considérer qu’une expérience vous fait souffrir et mérite d’être accompagnée.

 

Est-ce que toutes mes difficultés actuelles viennent forcément de mon traumatisme ?

Non.

C’est une précaution importante.

Après avoir identifié une expérience difficile dans son histoire, il peut être tentant de lui attribuer toutes ses difficultés actuelles :

son anxiété,

ses relations,

son manque de confiance,

sa colère,

ses réactions émotionnelles.

Notre fonctionnement est généralement beaucoup plus complexe.

Il se construit à partir de notre histoire, de notre personnalité, de nos expériences, de notre environnement actuel et de nombreux autres facteurs.

Comprendre un traumatisme ne consiste donc pas à en faire l’explication unique de toute sa vie.

Il s’agit de comprendre la place qu’il occupe réellement.

 

Peut-on aller mieux après un traumatisme ?

Oui.

Avoir été profondément marqué(e) par une expérience ne signifie pas être condamné(e) à en subir les conséquences toute sa vie.

Le travail thérapeutique peut notamment permettre de mieux comprendre certaines réactions, de diminuer progressivement l’évitement ou l’hypervigilance, de travailler sur certaines pensées associées à l’événement et de retrouver davantage de sécurité dans le présent.

L’objectif n’est pas forcément d’oublier.

Certains événements font partie de notre histoire et continueront à exister dans notre mémoire.

Mais il existe une différence importante entre :

se souvenir d’un événement

et

continuer à le revivre émotionnellement comme s’il pouvait encore se produire aujourd’hui.

 

Quand consulter ?

Il peut être intéressant de demander de l’aide lorsque les conséquences d’un événement continuent à vous faire souffrir ou à limiter votre quotidien.

Par exemple lorsque :

  • certains souvenirs deviennent envahissants ;
  • vous évitez de nombreuses situations ;
  • vous vous sentez constamment en alerte ;
  • votre sommeil est perturbé ;
  • certaines réactions physiques ou émotionnelles vous semblent incontrôlables ;
  • vous avez du mal à vous sentir en sécurité ;
  • vos relations sont affectées ;
  • vous vous sentez détaché(e) de vous-même ou des autres ;
  • ou vous avez simplement le sentiment que quelque chose n’est jamais réellement redevenu comme avant.

Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne insupportable pour en parler.

 

Une question à vous poser

Plutôt que de vous demander :

« Est-ce que ce que j’ai vécu était assez grave pour être traumatisant ? »

vous pouvez commencer par vous demander :

« Quelle place cette expérience occupe-t-elle encore dans ma vie aujourd’hui ? »

Est-ce qu’elle influence mes choix ?

Mes peurs ?

Ce que j’évite ?

Ma manière de réagir ?

Ma capacité à me sentir en sécurité ?

Cette question ne pose aucun diagnostic.

Elle permet simplement de regarder les conséquences actuelles de ce que vous avez vécu.

 

En conclusion

Un traumatisme psychologique ne se résume pas à la gravité apparente d’un événement.

Ce qui compte également, c’est la manière dont cette expérience a été vécue et les conséquences qu’elle continue éventuellement à avoir.

Certaines personnes se souviennent beaucoup.

D’autres évitent.

Certaines restent constamment en alerte.

D’autres ont surtout l’impression d’avoir changé depuis.

Et parfois, la première difficulté consiste simplement à s’autoriser à reconnaître :

« Ce que j’ai vécu m’a réellement affecté(e). »

Sans comparer.

Sans minimiser.

Sans avoir besoin de prouver que son histoire était « suffisamment grave ».

Comprendre ce qui s’est passé ne signifie pas rester tourné(e) vers le passé.

Cela peut permettre de mieux comprendre ce qui se passe encore aujourd’hui et de travailler progressivement pour que l’expérience vécue retrouve une place dans votre histoire sans continuer à occuper tout le présent.

 

Besoin d’en parler ?

Si vous avez vécu un événement difficile et que vous avez l’impression qu’il continue à influencer vos émotions, vos réactions ou votre quotidien, un accompagnement thérapeutique peut vous permettre d’explorer ce que vous vivez dans un cadre adapté à votre rythme.

Je vous accueille dans mon cabinet de psychothérapie à Arles, ainsi qu’en visioconférence partout en France.