Temps de lecture : 4 min
"Je sais que je ne peux pas satisfaire tout le monde… mais dès que quelqu’un est déçu par moi, je culpabilise."
"J’ai beaucoup de mal à annoncer quelque chose quand je sais que ça ne va pas faire plaisir."
"Je préfère parfois accepter plutôt que de voir la déception sur le visage de l’autre."
"Quand quelqu’un change de ton avec moi, je me demande immédiatement ce que j’ai fait."
"Je sais que j’ai le droit de faire mes propres choix… mais j’ai peur qu’on m’en veuille."
Vous savez probablement, en théorie, que vous ne pouvez pas satisfaire tout le monde.
Vous savez que vous avez le droit d’avoir vos propres envies, vos limites, vos opinions et vos décisions.
Et pourtant…
décevoir quelqu’un peut vous être extrêmement inconfortable.
Alors vous réfléchissez beaucoup avant de répondre.
Vous cherchez la bonne formulation.
Vous vous justifiez.
Vous acceptez parfois quelque chose dont vous n’avez pas envie.
Et lorsque vous avez finalement fait un choix pour vous, vous surveillez la réaction de l’autre.
« Est-ce qu’il/elle l’a mal pris ? »
« Est-ce qu’il/elle m’en veut ? »
« Est-ce que j’ai été égoïste ? »
La peur de décevoir ne signifie pas simplement que vous êtes attentif(ve) aux autres.
Elle peut parfois révéler quelque chose de plus profond :
la difficulté à supporter que quelqu’un puisse être mécontent de vous sans remettre en question votre valeur ou votre relation.
Pourquoi ai-je autant peur de décevoir ?
Nous avons naturellement besoin d’appartenir à un groupe et de préserver certaines relations importantes.
Il est donc normal de ne pas être totalement indifférent au regard ou aux émotions des autres.
Mais chez certaines personnes, la déception de l’autre prend une importance considérable.
Elle n’est plus seulement interprétée comme :
« Cette personne aurait préféré que je fasse autrement. »
Elle peut devenir intérieurement :
« J’ai mal fait. »
« Je suis égoïste. »
« Cette personne va moins m’apprécier. »
« Je risque de perdre quelque chose dans notre relation. »
C’est là que la peur de décevoir peut commencer à influencer vos décisions.
Décevoir quelqu’un ne signifie pas lui faire du mal
Cette distinction est importante.
Vous pouvez prendre une décision qui déçoit quelqu’un sans avoir mal agi.
Vous refusez une invitation.
L’autre aurait aimé votre présence.
Il est déçu.
Vous décidez de ne pas rendre un service.
L’autre aurait préféré que vous acceptiez.
Il est contrarié.
Vous faites un choix professionnel ou personnel différent de celui que votre entourage imaginait pour vous.
Certaines personnes peuvent ne pas le comprendre.
Dans toutes ces situations, la déception de l’autre existe réellement.
L’objectif n’est donc pas de se convaincre :
« Il ne sera pas déçu. »
Il peut l’être.
L’enjeu est plutôt de pouvoir penser :
« Il peut être déçu… et ma décision peut malgré tout être légitime. »
Quand la déception de l’autre ressemble à un rejet
"Dès que quelqu’un est froid avec moi, je me sens très mal."
"J’ai besoin de régler rapidement les tensions."
"Quand quelqu’un m’en veut, j’ai peur que notre relation change."
Pour certaines personnes, la déception est particulièrement difficile à supporter parce qu’elle se rapproche intérieurement d’une autre peur :
celle du rejet.
L’autre est contrarié.
Son comportement change.
Il parle moins.
Son ton est différent.
Et votre cerveau ne s’arrête pas nécessairement à :
« Il est contrarié. »
Il peut poursuivre :
« Il m’en veut. »
puis :
« Il va prendre ses distances. »
et parfois :
« Je vais perdre cette relation. »
En quelques secondes, une simple déception peut devenir une menace beaucoup plus importante.
Avez-vous appris à être « la personne qui ne déçoit pas » ?
Parfois, la peur de décevoir s’inscrit dans une histoire plus ancienne.
Vous avez peut-être été l’enfant sage.
Celui ou celle qui travaillait bien.
Qui ne faisait pas de vagues.
Qui aidait.
Qui prenait sur lui.
Qui cherchait à rendre ses parents fiers.
Ou qui avait compris que certaines réactions étaient plus faciles à gérer lorsqu’il répondait aux attentes.
Personne n’a nécessairement dit :
« Tu n’as pas le droit de me décevoir. »
Mais vous avez pu apprendre progressivement :
« Lorsque les autres sont contents de moi, tout va bien. »
Et cette association peut continuer à l’âge adulte.
Vous devenez alors particulièrement attentif(ve) aux attentes.
Et parfois beaucoup moins attentif(ve) à vos propres besoins.
Quand être gentil devient s’oublier
La gentillesse n’est évidemment pas un problème.
Faire plaisir non plus.
Aider quelqu’un, faire un compromis ou accepter quelque chose pour une personne que l’on aime fait partie des relations humaines.
La question devient différente lorsque vous ne choisissez plus réellement.
Lorsque votre décision repose principalement sur :
« Si je refuse, comment va-t-il/elle réagir ? »
Vous pouvez alors dire oui alors que vous pensez non.
Accepter alors que vous êtes fatigué(e).
Vous rendre disponible alors que vous aviez besoin de temps pour vous.
Ne pas exprimer votre désaccord.
Reporter une décision importante.
Ou rester dans certaines situations parce que partir décevrait quelqu’un.
À force de protéger les autres de leur déception, vous pouvez finir par vous demander très rarement ce que vous souhaitez réellement.
Pourquoi ai-je besoin de me justifier autant ?
"Je ne peux pas simplement dire non, j’ai besoin d’expliquer pourquoi."
"Quand je prends une décision pour moi, j’ai l’impression de devoir la défendre."
"Je prépare mentalement mes explications avant certaines conversations."
La justification peut servir à transmettre une information.
Mais parfois, elle sert surtout à essayer de contrôler la réaction de l’autre.
Vous ne dites pas seulement :
« Je ne pourrai pas venir. »
Vous ajoutez de nombreuses explications dans l’espoir que l’autre arrive à la conclusion :
« D’accord, tu as une bonne raison, donc je ne suis pas déçu(e) de toi. »
Le problème est que même avec la meilleure explication du monde, vous ne pouvez pas totalement maîtriser la réaction de quelqu’un.
Et apprendre à poser une limite implique parfois d’accepter cette réalité :
l’autre a le droit de ne pas aimer votre réponse.
Comme vous avez le droit de la donner.
Êtes-vous responsable des émotions des autres ?
C’est souvent ici que se trouve une confusion importante.
Vous êtes responsable de la manière dont vous vous comportez avec quelqu’un.
De vos paroles.
De vos actes.
Du respect que vous lui accordez.
Mais cela ne signifie pas que vous êtes responsable de toutes les émotions que cette personne ressent.
Vous pouvez annoncer respectueusement une décision et provoquer malgré tout de la déception.
Vous pouvez poser calmement une limite et provoquer de la frustration.
Vous pouvez faire un choix nécessaire pour vous et provoquer de la tristesse.
Une émotion désagréable chez l’autre ne signifie pas automatiquement que vous avez commis une faute.
Pourquoi est-ce si difficile dans les relations proches ?
Plus une relation est importante, plus la peur de décevoir peut être forte.
Parce que l’enjeu émotionnel augmente.
Dans le couple, cela peut conduire à éviter certaines conversations.
Dans la famille, à continuer à répondre à des attentes qui ne nous correspondent plus.
Avec les amis, à accepter par peur d’être moins sollicité(e).
Au travail, à prendre davantage de responsabilités ou à ne jamais dire que la charge devient trop importante.
Le mécanisme reste souvent similaire :
« Si je protège l’autre de la déception, je protège notre relation. »
Mais une relation suffisamment sécurisante devrait également pouvoir supporter :
un désaccord,
un refus,
une limite,
une frustration,
ou une décision différente.
Comment apprendre à mieux supporter la déception de l’autre ?
L’objectif n’est pas de devenir indifférent(e).
Il est plutôt d’apprendre progressivement à distinguer :
décevoir
de
faire du mal.
Avant de revenir sur une décision parce que quelqu’un semble contrarié, vous pouvez vous demander :
« Ai-je réellement mal agi ou est-ce simplement difficile pour moi de voir cette personne déçue ? »
Puis :
« Si cette personne n’était pas déçue, est-ce que je remettrais quand même ma décision en question ? »
Et enfin :
« Suis-je en train de modifier mon choix parce qu’il ne me convient plus… ou pour faire disparaître mon inconfort ? »
Ces questions permettent de remettre un peu d’espace entre l’émotion de l’autre et votre décision.
Un exercice concret : laisser quelques minutes à la déception
Si vous avez tendance à revenir immédiatement sur vos décisions lorsque quelqu’un réagit mal, essayez de ne pas réparer tout de suite.
Vous venez de dire non.
L’autre semble déçu.
Votre premier réflexe peut être :
expliquer davantage,
vous excuser,
proposer une compensation,
ou finalement accepter.
Essayez simplement d’observer ce qui se passe en vous pendant quelques minutes.
Qu’est-ce qui vous inquiète exactement ?
Que l’autre soit triste ?
Qu’il soit en colère ?
Qu’il vous juge ?
Qu’il prenne ses distances ?
Qu’il pense que vous êtes égoïste ?
Vous pourrez alors découvrir que ce que vous essayez parfois de faire disparaître n’est pas uniquement la déception de l’autre.
C’est aussi ce qu’elle déclenche chez vous.
Quand consulter ?
Il peut être intéressant de travailler cette peur lorsque vous constatez qu’elle influence régulièrement vos décisions.
Par exemple lorsque :
- vous dites souvent oui alors que vous pensez non ;
- vous culpabilisez beaucoup après avoir posé une limite ;
- vous avez besoin de vous justifier longuement ;
- vous supportez difficilement que quelqu’un soit contrarié contre vous ;
- vous changez régulièrement vos décisions pour préserver les autres ;
- vous avez peur d’être considéré(e) comme égoïste ;
- vous vous sentez responsable du bien-être émotionnel de votre entourage ;
- vous faites passer régulièrement vos besoins après ceux des autres ;
- ou vous avez l’impression de vivre davantage selon ce que l’on attend de vous que selon ce que vous souhaitez réellement.
Le travail thérapeutique peut permettre de comprendre pourquoi la déception de l’autre prend autant de place et d’apprendre progressivement à poser des limites sans avoir l’impression que la relation entière est menacée.
Une question à vous poser
La prochaine fois que vous craignez de décevoir quelqu’un, demandez-vous :
« Si je savais avec certitude que cette personne continuerait à m’aimer, à m’apprécier ou à me respecter après ma décision… est-ce que je ferais le même choix ? »
Si votre réponse change complètement, peut-être que le problème n’est pas uniquement la décision.
Peut-être que ce qui vous retient est surtout la peur de ce que cette décision pourrait changer dans le regard de l’autre.
En conclusion
Avoir peur de décevoir ne signifie pas simplement être trop gentil(le) ou trop sensible.
Derrière cette peur peuvent se cacher le besoin d’être apprécié(e), la peur du rejet, la culpabilité ou l’habitude de se sentir responsable des émotions des autres.
Alors vous essayez de préserver les relations.
De ne pas contrarier.
De ne pas déranger.
De répondre aux attentes.
Mais une relation saine ne repose pas sur l’absence permanente de déception.
Elle doit aussi pouvoir supporter que deux personnes n’aient pas toujours les mêmes besoins, les mêmes envies ou les mêmes décisions.
Apprendre à décevoir parfois ne signifie donc pas apprendre à devenir égoïste.
Cela peut simplement signifier apprendre que :
l’autre peut être déçu par l’un de vos choix sans être déçu par la personne que vous êtes.
Et surtout :
vous pouvez être une bonne personne sans être toujours la personne qui dit oui.
Besoin d’en parler ?
Si la peur de décevoir, de contrarier ou de perdre l’approbation des autres vous conduit régulièrement à vous oublier, un accompagnement thérapeutique peut vous aider à comprendre ce fonctionnement et à construire progressivement des relations dans lesquelles vos propres besoins peuvent également avoir leur place.
Je vous accueille dans mon cabinet de psychothérapie à Arles, ainsi qu’en visioconférence partout en France.